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Roussettes suivies par satellite

roussettes3Six nouvelles roussettes suivies par satellite

Une équipe de recherche de l’IAC a récemment équipé 6 nouvelles roussettes de balises satellitaires (Argos) afin de suivre leurs déplacements et recueillir de précieuses informations sur les mœurs de ces énigmatiques mammifères volants. Cette mission, conduite par le chercheur Fabrice Brescia et l’ingénieure Mélanie Boissenin, s’est déroulée avec succès du 3 au 16 juin 2014 dans la région de Voh. Captures, pose des colliers émetteurs, suivi, premiers résultats…  L’IAC vous propose d’embarquer dans les coulisses d’une étude de haut vol... 

Elles s’appellent Etchie, Erihouen, Timon, Leik, Kapo et Délénix et désormais, elles ne parcourent plus le ciel étoilé de Nouvelle-Calédonie en toute discrétion. Leurs déplacements sont scrutés dans les moindres détails par des scientifiques de l’IAC. « Nous avons équipé mi-juin six roussettes de balises satellitaires, deux mâles et quatre femelles, capturées en province Nord à Hwahat » précise Fabrice Brescia, chercheur en écologie animale. « Les premiers résultats nous indiquent que ces roussettes se sont principalement déplacées dans un rayon de 10 km autour du site de capture, voire jusqu’à 20 km.  Nous avons aussi constaté que certaines d’entre elles avaient changé de gîte diurne [NDLR : lieu de repos] à plusieurs reprises».

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 Légende photo : Installation d’un filet pour capturer les roussettes. L’équipe s’affaire avant le crépuscule et choisit un lieu de passage propice.

 Affût. Si l’envol des chauves-souris constitue à la nuit tombée un spectacle toujours aussi majestueux, la capture de ces farouches mammifères volants est loin d’être une tâche aisée. « La phase de repérage est cruciale et nous avons interrogé les populations locales et effectué de nombreuses missions de terrain pour choisir le site le plus propice, notamment un couloir de vol où les roussettes passent assez bas» explique Mélanie Boissenin, ingénieure. Une équipe de 3 à 6 personnes, des scientifiques de l’IAC épaulés de gardes nature de la Province Nord et des personnes ressources locales, met alors en place le dispositif approprié. Patience et délicatesse sont les maîtres mots de l’opération.

Captives. Concrètement l’équipe installe dans le passage identifié plusieurs filets spéciaux d’une dizaine de mètres de longueur, montés sur des perches télescopiques et déployés au crépuscule. Durant la nuit, les membres de l’équipe effectuent de fréquentes rondes afin de repérer les éventuelles captures et les extraire rapidement des filets. « Les ailes des roussettes sont fragiles et leurs griffes acérées. Nous prenons donc d’infinies précautions pour les extraire des mailles du filet, autant pour les protéger que pour nous protéger » commente la jeune passionnée.

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 Légende photo : Roussette emmitouflée dans un tissu avant la pose de la balise. Passé le stress de la capture, les roussettes restent généralement dociles et semblent même curieuses de l’attention qu’on leur porte.

Profil. Sexe, poids, taille, espèce… L’animal est ensuite étudié sous toutes les coutures. « Sur le petit nombre de roussettes capturées certains soirs, nous n’en équipions en moyenne qu’une ou deux de balise Argos. Les animaux doivent en effet peser plus de 600 grammes pour supporter sereinement l’équipement » poursuit Mélanie Boissenin. En Nouvelle-Calédonie seules deux espèces répondent à ce critère,  la roussette rousse (Pteroptus ornatus) et la roussette noire (Pteroptus tonganus). Les balises sont ensuite activées et les roussettes libérées. Les noms des 6 nouvelles roussettes suivies par satellite ont été choisis par les membres de l’équipe et une classe de 6ème du collège Louise Michel de Païta.

 

Suivi. Le programme IAC de suivi du déplacement des roussettes, réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Province Nord, a débuté en 2009 et s’inscrit dans un plus large programme de recherche qui vise à mieux connaître la biologie et l’écologie des chiroptères endémiques (roussettes et chauves-souris). Après une phase de tests et de mises au point de la méthode en 2009, cinq roussettes ont été équipées en 2013, six en 2014 et une autre opération est prévue début 2015. « Actuellement, le record actuel de la plus grande distance entre deux gîtes diurnes fréquentés par une même roussette est de 118 kilomètres. C’était entre Ponérihouen et Boulouparis. » indique Fabrice Brescia qui dirige le programme.

roussettes6Légende photo : Roussettes en train de boire du jus de fruit. Après quelques tests de mobilité de la tête, la roussette est abreuvée pour vérifier que la déglutition n’est pas entravée et lui redonner des forces avant de repartir.

Préservation. L’objectif de cette étude, inédite en Nouvelle-Calédonie, est de savoir quels sont les endroits fréquentés, les distances parcourues, la fréquence de changement de gîte et la surface de territoire occupé. « A terme cela nous permettra d’identifier quels sont les domaines d’activité des roussettes, pour l’alimentation ou la reproduction par exemple, et de proposer des recommandations pour la gestion et la conservation de ces espèces, parmi les plus emblématiques du pays » conclut le chercheur.  



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       Diapo roussette

Focus sur les balises du système ARGOS

Les balises ou émetteurs satellitaires Argos pèsent 9.5 grammes et fonctionnent avec des batteries rechargeables grâce à des panneaux solaires miniatures positionnés en périphérie de la balise.

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Ces panneaux accumulent l’énergie solaire pendant la journée lorsque la roussette se repose au sommet des arbres assurant ainsi le rechargement durable des batteries. Les balises émettent un signal toutes les 72 heures qui est reçu par des satellites météorologiques et transmettent ensuite les données au CNES de Toulouse. Les données sont ensuite analysées afin de définir la position géographique de chaque signal, à 250 mètres près. Les chercheurs de l’IAC reçoivent les informations par messagerie électronique. ARGOS est le système de localisation et de collecte des données par satellite dont l’utilisation est réservée à l’étude et la protection de l’environnement de notre planète.

Légende photo : Les balises fonctionnent à l’énergie solaire. Elles émettent des signaux tous les 3 jours pendant 10 heures. Durant les trois jours sans émissions, la batterie solaire se recharge.



Avis de recherche. Si vous trouvez une balise…

Les dispositifs Argos ont un coût élevé. Si au cours d’une partie de chasse vous retrouvez une roussette équipée d’un collier émetteur, merci de bien vouloir prendre contact avec l’IAC afin de restituer le dispositif et qu’une nouvelle roussette soit équipée.

Contacts:

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Tel : 43 74 28 ou 90 67 83

 

 

Equipe de recherche

Fabrice Brescia, chercheur

Mélanie Boissenin, ingénieure contractuelle

Lara Millon, ingénieure VSC

 

Partenaire :

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Texte : Estelle Bonnet-Vidal, Mélanie Boissenin et Fabrice Brescia ; Photos : Copyright IAC-M.Boissenin ; Maquette : Alexandre Deloménie et Maud Barbazan

 

 

 

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